Course La Parisienne entre amies, 2017
Humeurs & pensées, Lifestyle, Running

Pourquoi j’ai dit non aux courses 100% féminines

La Parisienne, les KM pour elles, la Confluente, et autres courses 100 % féminines sont des courses … excluant totalement les hommes (ni déguisés, et disqualification possible dudit monsieur). Malgré ce caractère exclusif, les courses à pied féminines se multiplient ici et là, mettant en avant la solidarité féminine, des causes telles que le cancer du sein, ou le fait qu’il est plus compliqué pour une femme de faire du sport, et que faire une course « juste entre elles » serait plus facile pour elles.

Cependant, pour ma part, ce genre de courses m’inquiète quant à l’inclusion promue par la course à pied ; courir n’est-il pas LE sport qui remet tout le monde sur un pied d’égalité derrière la même ligne de départ, que l’on soit grand, petit, mince, gros, avec un bras ou une jambe en moins, noir, blanc, jaune, gay, hétéro ou que sais-je ? Je cours pour ces valeurs, pour qu’on puisse tous courir ensemble, unis. Et les courses 100 % féminines désunissent ce sport à mes yeux.

J’ai donc refusé toutes les courses 100 % féminines que l’on a pu me proposer ces derniers mois, expliquant mon point de vue (que je vous développe ici).

N.B. : comme la photo de couverture le montre, j’ai déjà participé à des courses 100% féminines, mais dorénavant je ne souhaite plus le faire.

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Non aux courses pour femmes

Féministe, mais contre les courses 100 % féminines, c’est possible ?

J’entends déjà de derrière mon écran, l’effroi de certaines face à ma mise en cause des courses 100 % féminines. Peut-être pourront-elles être perçues comme un soutien, une façon de démontrer la sororité qui peut nous unir. Peut-être même que ces courses aideront certaines à enfin se lancer sur leur première course officielle.

Mais de mon avis, les courses exclusivement féminines enferment les femmes dans une case bien spécifique. Elles catégorisent le rôle des femmes dans la course à pied, en mettant en avant des arguments certes vendeurs, mais qui ne participent aucunement à l’inclusion de tous les sexes dans le sport.

Et si on faisait des courses 100 % masculines ?

Comment réagiriez-vous face à une explosion de courses 100 % masculines, totalement interdites aux femmes ? Ne considéreriez-vous pas cela comme un retour en arrière ?

Rappelez-vous Kathrine Switzer qui a bravé l’interdiction aux femmes de courir le marathon de Boston, pour devenir la première marathonienne. C’était il y a 52 ans seulement. En une cinquantaine d’année, la course à pied a peut-être bien changer de visage, certes. Pour autant, les courses excluantes 100 % hommes ou femmes ne bafouent-elles pas ce combat mener pour que tout le monde puisse courir ? A mon sens, oui.

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Les hommes ne peuvent-ils pas agir pour l’inclusion de la femme dans le sport ?

J’ai l’image, un peu simple peut-être, du père qui court avec sa fille et l’encourage. De la nana qui entraîne son petit copain dans sa passion pour la course à pied. Ou encore de celle qui se motive avec son super pote à se (re)mettre à la course à pied. La solidarité est-elle forcément unisexe ?

Quand à la promotion des courses sur fond caritatif, luttant contre le cancer du sein par exemple … J’ai envie de répondre : le cancer du sein touche des femmes certes, mais aussi tout son entourage, dont son mari, son père, son fils. Les violences faites aux femmes, touchent des femmes certes, mais aussi leur père, leurs amis, leurs fils. Pourquoi ne pas inclure les hommes dans ces combats ? Pourquoi ne pas leur permettre de courir, eux aussi, pour ces causes qui peuvent les toucher ?

Pour moi, l’égalité passe par la possibilité d’avoir la même possibilité de défendre les causes qui nous touchent.

La femme est-elle forcément douce, fragile … et incapable de faire plus de 15 km ?

Il semblerait que les courses féminines ne dépassent jamais les 15km (et encore c’est encore assez rare, et cela tourne plus souvent autour des 7km). Serions-nous si fragiles qu’incapables de faire plus que ces distances ? Ou sommes-nous, tout autant que les hommes, en mesure de faire différentes distances selon notre niveau ?

Certes, les courses caritatives sont souvent autour d’une dizaine de kilomètres ; distance idéale pour permettre la participation du plus grand nombre. Cependant, cantonner les courses féminines à ce genre de distance uniquement, au vu de leur communication de masse, renvoie une image négative où les femmes ne pourraient pas faire plus.

Bien entendu, je ne remets pas en cause le fait que ça soit déjà un beau défi pour certain.e.s, nous avons tous notre niveau et nos objectifs. Il ne faudrait pas pour autant que cela devienne un facteur limitant inconscient pour de nombreuses femmes, leur inculquant qu’il y a des distances « plus adaptées pour les femmes » .

A bon entendeur, et avec l’envie de découvrir votre avis en commentaires, je lève la basket haut et fort pour qu’hommes et femmes …

(Par)courent le monde autrement !

Camille Courtenvert

17 réflexions au sujet de “Pourquoi j’ai dit non aux courses 100% féminines”

  1. Je suis 100% d’accord avec toi ! Faire des courses qui excluent les hommes …. c’est faire ce l’on ne veut pas que l’on fasse aux femmes ! Il y a des courses dédiées aux femmes mais où les hommes sont les bienvenus … ça peut être une alternative pour permettre à certaines de franchir le cap ! Mais la question est pourquoi les femmes ont besoin de ces courses exclusives ???? Car si cela existe , c’est parce que ça marche !!!!

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    1. Je pense que le marketing joue sur les modèles inconscients qu’on a très souvent, comme un peu cette idée de « la femme qui se lache quand son mari n’est pas là » !

      Et oui, je ne remets pas en cause le fait de défendre des causes féminines, mais faisons le tous ensemble !

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  2. Tout à fait d’accord!
    Et quand l’emballage « rose bonbon » est surtout prétexte à la promotion de produits d’entretien ou de serviettes hygiéniques (cf. la Parisienne il y a quelques années): on dit NON!
    J’avais fait bouger les lignes dans mon entreprise de l’époque et plutôt que de payer les dossards à la Parisienne, on participait (garçons et filles) à Octobre Rose, tous ensemble 🙂

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  3. Merci Camille pour cet article. Je suis également pas fan des courses féminines pour plusieurs raisons que je ne développerai pas ici mais qui sont finalement assez similaires aux tiennes et je suis contente de voir que certaines femmes partagent mon opinion.
    Je souhaite ajouter un bémol supplémentaire à cette différenciation homme-femme. Dans ma région, il y a plusieurs courses (dont la plus connue est peut-être l’escalade de Genève) où les courses hommes-femmes sont séparées et où la distance pour les femmes est plus courtes voir même franchement plus courtes. ça me met hors de moi et en général, quand je vous une course ainsi, je n’y participe pas et j’écris un mail aux organisateurs pour leur faire part de mon opinion. D’ailleurs certaines courses en Haute-Savoie ont finalement évolué et la distance est identique pour tous et toutes et les courses sont devenues mixtes. Un grand progrès. En effet, je suis outrée tant pour les femmes que pour les hommes qui eux souhaiteraient peut-être aussi avoir l’occasion de courir sur une distance plus petite. Alors au lieu de faire 7km pour les femmes et 11 km pour les hommes on pourrait peut-être songer à faire 7km et 11km mixtes?!

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    1. Merci pour ton commentaire Delphine ! Et oui totalement !! Les hommes aussi peuvent vouloir courir sur une distance plus courte !
      Dans ce modèle patriarcal du sport, l’homme est toujours censé être plus fort, plus rapide, courir plus longtemps, mais ce n’est absolument pas vrai et je pense qu’il est possible que ça complexe certains hommes !

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      1. En tant qu’homme, je valide. Je démarre le sport, et je prends mal dans l’autre sens quand les temps couperet sur des triathlons sont plus sévères pour les hommes que pour les femmes. Ce n’est pas mon sexe qui me fait nager plus vite (j’aimerais bien…).
        Plus généralement, je te remercie Camille pour ce message. Je milite pour la féminisation des sports, et c’est bien plus facile quand on peut participer ensemble à des courses. Je peux ainsi soutenir les femmes sur leur course, alors que je ne vais pas venir à La Parisienne par exemple…

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  4. Salut Camille,
    Tout d’abord, je te félicite pour le contenu que tu proposes sur les réseaux, il est top 🙂

    Même si je réagis rarement, cet article m’intéresse beaucoup. Et je suis d’accord avec toi sur le caractère excluant des courses 100% féminines, à plus forte raison pour les courses caritatives qui permettraient sûrement d’attirer plus de monde pour défendre la cause.

    En ce qui concerne les distances de courses, je suis d’accord aussi, il faut proposer les mêmes distances aux hommes et aux femmes, mais peut-être avec des départs différés car on ne court pas au même rythme il me semble. Et c’est là où ma position s’écarte peut-être de la tienne. Je suis entraîneur de basket, et il est évident (pour moi) qu’il faut « adapter » le sport aux caractéristiques physiques du pratiquant. Un exemple très simple, au basket les femmes jouent avec un ballon plus petit et moins lourd que les hommes.

    Je ne vais pas partir dans un long discours sur les différences entre hommes et femmes, mais pour revenir à la course à pieds, je pense qu’on peut tous pratiquer ce sport et qu’il est même important qu’on le pratique tous ensemble !! 🙂

    Par contre j’aimerais bien avoir ton avis sur quelque chose : il existe le Campus Sport Féminin (cf la page FB de l’évènement) qui est une semaine de camps sportifs organisé dans la Drôme tous les ans au mois de juillet. On y pratique du basket, du volley, du foot et du hand. Et cela concerne uniquement des jeunes filles de 12 à 20 ans. Les meilleures sportives des disciplines participent à l’évènement (Céline Dumerc pour le basket et Marinette Pichon pour le foot par exemple).

    J’aimerais bien savoir ce que tu penses de ce genre d’opérations prévues uniquement pour jeunes filles ?

    Désolé pour ce commentaire un peu long mais le sujet est super intéressant 🙂

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    1. Bonjour Mathieu, merci pour ton commentaire !

      Je connais certaines femmes qui courent vraiment très vite (et qui sont amatrices), et des hommes qui courent plus lentement. Je pense que perpétrer cette notion des hommes qui courent plus vite que les femmes est un facteur limitant inconscient, même si l’on a certes des différences physiologiques 🙂

      Pour le camp dont tu parles, je trouve ça dommage que ça soit réservé aux filles … ou il devrait y avoir au moins l’équivalent pour les jeunes garçons … pour autant, cela aide peut-être certaines filles à faire du sport librement comme l’idée développée par Arlene dans un autre commentaire 🙂

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    2. « Et c’est là où ma position s’écarte peut-être de la tienne. Je suis entraîneur de basket, et il est évident (pour moi) qu’il faut « adapter » le sport aux caractéristiques physiques du pratiquant. Un exemple très simple, au basket les femmes jouent avec un ballon plus petit et moins lourd que les hommes. »

      Cet argument tient (peut-être) pour un niveau « pro », mais pas chez les amateurs. Je sors en vélo avec un groupe mixte, et le groupe de tête est souvent composé de filles. Sommes-nous mauvais? Je peux rouler plus de 100km, fais du 25km/h de moyenne en général, je peux faire du gros dénivelé: je suis bon pour un amateur… Mais moins bon qu’elles (amatrices aussi!).
      Si je me mettais au basket, je dois avouer que je préférerais un ballon plus petit et moins lourd. Je n’ai pas de très grandes mains, je mesure 1m73: pourquoi je dois jouer avec un ballon plus lourd? Parce que j’ai une paire de …?

      Les départs différés m’agacent pour les mêmes raisons: un départ différé en fonction des niveaux? Bien sûr, ça existe ce sont les sas et c’est génial. Mais des sas par sexe, sans moi.
      Faites partir les coureurs et coureuses selon leur niveau!

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  5. Pour ma part, je ne participe rarement aux courses féminines mais depuis que j’ai vu le film documentaire « free to run », j’ai un avis plus nuancé sur ces courses.
    tu parles dans ton article de Kathrine Switzer. Mais elle a su profité de sa notoriété pour faire pression sur les instances sportives. Avec le géant américain des cosmétiques « Avon », elle lance des courses à pied féminines. « Elle a permis à des femmes de se lancer dans la course, car entre elles c’est plus simple, elles se sentaient moins lentes, raconte Pierre Morath. Les courses organisées par Avon ont permis de désacraliser, de décomplexer totalement la pratique féminine. En se servant de ce « circuit Avon » pour faire pression et pour militer pour que les femmes aient aussi leur marathon aux JO, Kathrine Switzer a aussi accéléré considérablement la cause des femmes dans la compétition. »
    Dans la plupart des courses où je participe , on est environ 30% de femmes. Cette année j’ai eu l’occasion de participer à un semi avec du dénivelé et on était seulement 100 femmes sur 700. Ce n’est parfois pas simple pour toutes les femmes de s’afficher en short, t shirt , transpiration avec tous ces hommes autour. Et donc même si je ne fais pas ces courses type « parisienne » etc, je pense que c’est bien que cela existe pour les femmes qui se sentent mieux ainsi dans ce type de course. Plus il y a de courses de différent type, plus il y a de gens qui court et mieux c’est. Comme dit Eluid Kipchoge, un monde qui court est un monde en paix!

    Aimé par 1 personne

    1. Merci pour ton commentaire très intéressant ! Je comprends tout à fait ton point de vue, mais la notion d’être embêtée par le fait d’être en short et transpirante au milieu des hommes ça m’attriste … eux ne sont pas gênés, pourquoi devrions-nous l’être ?

      Effectivement, je participe aussi à des courses avec très peu de femmes (une quarantaine sur 400 si je ne m’abuse pour le trail de la Ste Victoire), et j’aimerais que moins de femmes se limitent mais je n’aimerais pas pour autant voir la même course « spécial femmes » qui serait à coup sur réduire en distance et dénivelé …

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